Notre rubrique ESG : Bagarres pour la Biodiversité

Dans l’hémisphère sud, le chili vient de refuser le 22 janvier 2023, l’autorisation d’un projet d’exploration minière de fer et de cuivre, dans la région de Coquimbo, à proximité de l’archipel de Humboldt, réserve naturelle comportant une biodiversité d’une très grande richesse.  C’était un projet produisant 12 millions de tonne de fer et 150 mille tonnes de cuivre, soit des recettes de plus de 1,5 milliards de dollar par an. Des emplois auraient été créés et permis de sortir de la pauvreté la petite commune voisine du gisement.  En plus d’avoir suscité le refus du gouvernement, le projet était entaché de soupçons de corruptions.

En Bretagne, un centre logistique de plus de 95 000 m² a débuté  le 13 février 2023 rasant et décapant les terres  à Saint Caradec, commune située idéalement en plein centre Bretagne et permettant d’approvisionner rapidement les différents départements bretons. Le centre accueillera 657.000 m3 d’entrepôts couverts répartis en cinq cellules de stockage, en bordure de la RN 164, et complétés d’un poste de garde, de bureaux, de locaux techniques et d’une aire de stockage extérieure de 3 500m2, sans compter les emplacements de parking. A la clé, une centaine d’emplois serait promis.  Pour autant, il semblerait que ce projet n’ait pas été soumis à la Mission Régionale d’Autorité environnementale. Or ces constructions détruisent des terres et artificialisent le sol,  alors qu’aux vues des épisodes de sécheresses et de canicules qui se répètent, il aurait été préférable de les laisser intactes.

Deux régions opposées, deux décisions inverses. L’une est prête à sacrifier l’espérance de milliards de dollar pour préserver l’environnement naturel, l’autre détruit son milieu naturel pour espérer gagner plus et promettre des emplois.

La décision chilienne parait stupéfiante : comment oser placer la protection du vivant au-dessus des lois économiques humaines ? comment le projet français de Saint Caradec peut il être possible sans prise en considération de l’impact sur l’environnement ? N’y a-t-il pas des solutions alternatives ? Des projets plus adaptés ?

C’est toute l’absurdité de nos modes de vie et de nos sociétés. La biodiversité est la source de dissensions, risques juridiques et charges de responsabilité à venir. Pourtant, elle est la clé de la lutte contre le réchauffement climatique. Sans biodiversité, nous perdons des maillons essentiels de la chaine du vivant et mettons en danger notre propre espèce. Le Chili semble l’avoir compris.

Le défi le plus important pour réussir la lutte contre le réchauffement climatique est d’arriver à modifier nos modes de raisonnement et hiérarchiser l’urgence de nos besoins en fonction de la valeur du vivant.  Sortir des cadres habituels, modifier nos habitudes, innover pour d’autres procéder… les solutions existent sans doute, faut-il le vouloir…

Agnès Brulé

Galise Consultant